Depuis 2023, le Diaconat Protestant propose des cours de français aux adhérents étrangers de l’Échoppe. Cette année, dans le cadre de son stage de deuxième année de master Français Langue étrangère, Maxence a pris en charge trois cours hebdomadaires de différents niveaux et organise un atelier de conversation ouvert à tous, y compris à des bénévoles qui viennent l’aider. Et ce mois-ci, comme il le raconte ci-après, l’atelier s’est fait « hors les murs » de l’Échoppe.
Le mercredi 28 mai, accompagné d’une bénévole, j’ai emmené les adhérents inscrits à l’atelier de conversation en français au musée de Grenoble. L’objectif était de mettre en pratique ce que nous avions étudié durant les « cours » : décrire ce que l’on voit et exprimer ses sentiments. Le musée était le lieu idéal pour cela, et plus particulièrement la section d’art moderne. Et en plus, cela a été l’occasion d’une petite excursion tous ensemble, un moment précieux pour des personnes qui quittent rarement leur quartier du sud de Grenoble.

Pour rendre cette visite attractive et surtout interactive, j’ai mis en place une sorte de jeu de piste : chaque apprenant avait sur lui une feuille à remplir, où il devait inscrire le nom des tableaux qu’il pouvait associer à une émotion et à une couleur. Afin d’éviter que les apprenants passent à côté de certaines œuvres, ils devaient aussi repérer certains objets présents (un chat, un arbre, etc.).
Bien entendu, l’outil pédagogique mis à disposition était adapté à tous les niveaux, ce qui a permis aux apprenants débutants et avancés de passer un beau moment d’apprentissage en duo.
Les apprenants étaient aussi encouragés à prendre des photos des œuvres si la prise de notes s’avérait fastidieuse.
Le groupe était majoritairement composé d’apprenantes arméniennes d’un bon niveau de français qui s’entendaient déjà bien.
Afin d’encourager la discussion en français, et de corser la situation tout en mettant un peu d’ambiance, j’ai décidé de les séparer et de les mettre avec des personnes d’un autre niveau et d’une autre nationalité. Cela nous a fait beaucoup rire, parce que cette « séparation forcée » est quelque chose de récurrent dans les cours, mais toujours avec bienveillance.
Le but était d’encourager les différents duos à échanger en français. Les plus forts devaient s’adapter pour se faire comprendre, tandis que les débutants devaient s’efforcer de communiquer du mieux qu’ils pouvaient.

Cela a entrainé une dynamique intéressante, et des personnes qui ne semblaient pas avoir grand-chose en commun se sont retrouvées nez à nez face à des œuvres dont il fallait discuter de la pertinence afin de remplir la fiche.

Au départ, il y a eu des situations cocasses, comme le cas d’une apprenante arménienne en duo avec une débutante marocaine. Nous avons surpris l’apprenante marocaine en train de déambuler toute seule entre les œuvres, l’air perdu.
Sa coéquipière était tellement absorbée par la tâche à faire qu’elle avait traversé l’ensemble des salles à grands pas afin de vite trouver les œuvres qui l’intéressaient. Nous avons couru à travers les salles afin de la retrouver !
Après cela, les deux apprenantes ont fait le reste de la visite sans plus se séparer. Tout comme cet autre duo impressionné par ce portrait de Kees Van Dongen.

Une fois les fiches remplies, nous nous sommes tous réunis afin de partager nos trouvailles. Tous ont pu s’exprimer, et chaque personne passait son téléphone aux autres afin de montrer les œuvres qu’elle avait trouvées et qui pouvaient correspondre à ses sentiments.

Une dernière activité a consisté, pour chaque équipe, à sélectionner une œuvre afin de la présenter aux autres. Le Marchand de Bestiaux de Chagall a eu du succès !
Certes, le développement de l’argumentation n’était pas optimal, mais nous avons eu quelques révélations.

Un apprenant nigérian, d’un naturel habituellement timide, s’est soudain exprimé avec conviction et avec le sourire lorsque nous lui avons demandé de parler plus fort de l’œuvre choisie, Le Déjeuner sur l’herbe d’Alain Jacquet.
La visite n’aura duré qu’une heure trente, et c’était bien peu. Tant pour remplir complètement la fiche et découvrir tout ce qu’il y avait à découvrir, mais également parce que c’était très agréable. Et quand c’est agréable, surtout en bonne compagnie, le temps passe toujours trop vite !
Maxence Wypelier, professeur de français stagiaire, Diaconat Protestant de Grenoble

