Hébergement citoyen à Grenoble : la mission du réseau Esaïe

« Réseau Esaïe », c’est le nom que s’est donné un groupe de personnes hébergeant chez elles à tour de rôle des étrangers oubliés ou rejetés des dispositifs, une action portée par le Diaconat Protestant et l’Église protestante unie de Grenoble depuis 2011.

Des personnes exilées qui n’ont pas droit aux dispositifs d’hébergement, pas droit à la moindre allocation, pas droit au travail, pas droit à une formation…

Des personnes, déboutées de leur demande d’asile, en procédure de recours pour obtenir un titre de séjour, qui vivent ici depuis des années parfois, victimes de l’absence d’une réponse à leurs démarches.

Elles vivent une grande souffrance car les persécutions qu’elles ont subies au pays n’ont pas été reconnues ici, et elles n’ont parfois plus d’espoir.

Ce sont aussi des mineurs étrangers, arrivés sans famille et sans point d’attache en France : non reconnus mineurs par l’Aide sociale à l’enfance (ASE), mission du Conseil départemental de protection des mineurs en danger.

Avec l’aide de la CIMADE, ces jeunes ont fait un recours auprès du Tribunal administratif et ils/elles sont en attente d’une décision du juge pour enfants. Ce sont des gosses en danger, terriblement vulnérables dans la rue.

Crédit photo : youssef naddam sur Unsplash

Entre 2011 et 2023, Esaïe a accueilli plus 60 personnes de pays variés : Afghanistan, Arménie, Albanie, et en majorité Afrique subsaharienne.

« Seule je ne peux rien… je redoute de voir des personnes s’installer trop longtemps chez moi, faute de possibilité de sortie. Mais à plusieurs, dans le cadre du réseau Esaïe, ça marche ! »

Une trentaine de familles accueillent actuellement entre 5 et 8 personnes sur l’année.

Les familles accueillantes choisissent la période d’accueil, la durée de l’accueil et sa fréquence. Elles doivent a minima proposer l’hébergement et le petit déjeuner.

Ces familles sont accompagnées et soutenues par le réseau : elles ont la liberté d’entrer et de sortir du réseau comme elles l’entendent, pour des raisons variées : mariage, naissance d’un enfant, décès, déménagement, lassitude d’un conjoint…

Pour rejoindre le réseau, il faut s’engager sur des règles inscrites dans une charte élaborée par les accueillants eux-mêmes.

Tous les accueillants sont les bienvenus quels qu’ils soient. La question financière ou la religion ne doivent pas être un obstacle.

Deux fois par trimestre, les familles se retrouvent pour échanger sur leurs pratiques puis partagent un repas avec tous les accueillis.

Un comité de pilotage se réunit régulièrement pour discuter du planning, de l’organisation et d’éventuels problèmes.

« On s’appuie les uns sur les autres. On se retrouve régulièrement pour échanger. On est un réseau souple, on se construit nous-mêmes nos règles. »

Grâce à cet accueil à la fois bienveillant et organisé, les personnes en exil peuvent se poser le temps nécessaire pour que leur situation administrative évolue et qu’une solution soit trouvée.

Notre force, c’est notre insertion dans le terreau associatif grenoblois.

Nous ne sommes que le maillon d’une chaine qui comprend des associations partenaires spécialisées dans l’accueil de l’étranger : l’ADA (Accueil demandeurs d’asile), l’APARDAP (Association de Parrainage Républicain des Demandeurs d’Asile et de Protection), la CIMADE, et aussi celles qui tiennent des permanences comme Médecins Du Monde, le Secours Catholique ou la Ligue des droits de l’homme…

Ce réseau est fort de 25 associations rassemblées dans le collectif Migrants en Isère, qui pose le débat de l’exil auprès de l’opinion publique dans l’agglomération et interpelle les pouvoirs publics.

Le réseau Esaïe démontre que lorsqu’on apporte ensemble une réponse globale, en regroupant plusieurs familles et plusieurs associations, l’action est plus efficace et les effets sont positifs pour les personnes dont on se charge. Ce sont évidemment les premiers bénéficiaires de cette action.

Mais l’effet est aussi positif et pédagogique sur les familles qui accueillent : elles découvrent ce qu’est véritablement une situation d’exil et comprennent de l’intérieur la complexité du problème des OQTF (obligation de quitter le territoire français) ou IRTF (interdiction de retourner sur le territoire français) ainsi que le scandale de la situation des jeunes non reconnus mineurs.

En accueillant chez elles, ces familles passent d’un constat d’impuissance à la possibilité d’avoir prise sur le réel et de contribuer à l’émergence d’une solution.

Enfin, ce réseau permet aux familles d’ouvrir leurs horizons et d’établir aussi une relation personnelle, souvent riche et amicale, avec ces jeunes accueillis, et aussi avec les autres familles.

Esaïe, ce n’est pas seulement une question d’humanité, voire de charité, c’est surtout une question de justice. Cette action se situe dans le droit fil d’une action de protestation citoyenne et non violente.

Anne Marie et Michel Cauzid, famille accueillante Esaïe,

avec le comité de pilotage, Françoise, Christel, Céline, Brigitte, Daniel et Anne 

*Via : contact@diaconat-grenoble.org

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