Créée en 2022, l’association ECLAT (Ensemble Créons du Lien, Aller-vers après le Trauma) s’est donné pour mission d’accompagner les personnes présentant un trouble de stress post-traumatique, des personnes en grande détresse à la suite des violences individuelles ou collectives de l’exil. La forte baisse, voire l’arrêt, des financements publics en 2026 menace la survie de cette association.
L’équipe d’ECLAT se compose de trois salariées : sa fondatrice, Delphine Jenny, médecin psychiatre à mi-temps, Jenny Kabwanga, médiatrice en santé paire et Lise Sauvée, coordinatrice, toutes deux à plein temps – et d’une vingtaine de bénévoles.
Durant ces trois années, cette équipe a reçu individuellement 340 personnes, animé des ateliers collectifs auprès de 280 personnes et formé 700 professionnels et bénévoles en contact avec celles-ci. En 2025, elles ont rencontré 110 nouvelles personnes à accompagner. Pour la première année, il y a plus de femmes que d’hommes qui ont besoin d’un accompagnement.
« L’objectif est le soin et le retour à la possibilité d’une vie sociale pour des personnes qui ont été tellement blessées qu’elles n’arrivent plus à prendre le risque de la relation. »
Repérer et aller vers des personnes en très grande détresse psychique
La psychiatre et la médiatrice santé travaillent en binôme et cherchent à rencontrer, sur leurs lieux d’hébergement, ou dans leur locaux, les personnes, principalement migrantes, susceptibles de souffrir d’un trouble de stress post-traumatique associé à un repli social majeur (TSPT Complexe). Celles-ci sont approchées grâce aux hébergeurs sociaux, aux maraudes et aux associations qui les croisent et les signalent à ECLAT, par exemple le Secours Catholique qui les repère lors de ses petits déjeuners pour personnes de la rue.

Un premier entretien inconditionnel permet de confirmer si les personnes signalées souffrent effectivement d’un TSPTC ou si elles seraient mieux accompagnées par d’autres associations ou acteurs publics.
« La tête est comme en prison et on n’arrive pas à trouver la sortie »
Il faut comprendre que ces personnes vivent une double violence : la violence du départ et du parcours d’exil, marqués par les dangers et les privations, mais aussi les tortures et les viols (100 % des femmes rencontrées ont été violées lors de leur parcours, et 30 à 40 % des jeunes hommes), à laquelle s’ajoute celle du non-accueil en France, du rejet et de la discrimination dans un pays longtemps rêvé comme une terre d’asile.

Crédit photo : Andrej Lišakov sur Unsplash
Le stress post traumatique complexe s’exprime par une hypervigilance (les personnes ont constamment peur, se retournent dans la rue), des réminiscences (la tête pleine d’images violentes et de bruit), des émotions négatives et instables (passant de la colère à l’apathie compète), des troubles cognitifs (impossible de se concentrer pour apprendre le français ou même à lire et écrire ; difficulté à se souvenir d’une date de rendez-vous).
Ces personnes ont beaucoup de mal à regarder un visage, à communiquer, se détendre ou dormir. Elles sont vulnérables aux risques d’addiction, notamment à l’alcool.
Ce n’est pas de la dépression ou du désespoir, c’est essentiellement de la peur.
Un retour à une relation de confiance
L’association ECLAT est née du constat suivant : cet « écrasement de la personne humaine » ne peut être traité par une simple prescription. Il s’agit avant tout de « soigner en restaurant le lien », en commençant par faire parler la personne des troubles qu’elle vit aujourd’hui, sans lui demander de parler de son origine et de son histoire, ce qui raviverait son traumatisme.
Rétablir la confiance par l’écoute et une communication douce et adaptée, avec beaucoup de gestuelle pour pallier les difficultés linguistiques.
Les professionnelles d’ECLAT cherchent le lieu de soins le plus approprié et accompagnent l’entrée en soins : courrier de la psychiatre, prise de rendez-vous à un centre de santé si des médicaments sont nécessaires, accompagnement physique et traduction.
Revivre en trouvant une activité qui permet d’oublier
L’un des moteurs du soin est la reprise d’une activité que la personne choisit parce qu’elle touche quelque chose d’encore vivant en elle, un désir, un besoin, par exemple apprendre à lire, aller dans la nature, jardiner, faire du sport, du yoga, une activité manuelle ou artistique…

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Couture, coiffure, escalade… des activités pour revivre…
crédits photo : Delphine Jenny

Si rejoindre un groupe est trop compliqué, l’activité débute en binôme avec un.e bénévole, à raison d’une fois par semaine durant une période limitée. Ainsi la personne retrouve confiance en l’autre et est accompagnée vers une possible restauration dans une communauté humaine relationnelle élargie, à son rythme.

Dès que la relation avec d’autres devient possible et non intrusive pour les bénéficiaires, la médiatrice en santé leur présente des lieux associatifs où ils/elles pourront rejoindre des activités principalement en groupe et trouver leur place dans le tissu associatif grenoblois.
Elle les aide également à rencontrer les acteurs sociaux qui leur permettront de faire des démarches vers l’insertion. Elle assure le suivi de cet accompagnement.
Animer des petits groupes de psychoéducation
Selon les besoins des structures, des partenariats sont créés autour de la prise en charge du Trouble de Stress Post Traumatique ou de la formation des bénévoles ou professionnels du secteur social.
Auprès des partenaires, dans les lieux d’hébergement ou de formation, les salariées d’ECLAT animent également des séances de psychoéducation en petits groupes centrées sur les symptômes envahissants du Trouble de Stress Post-Traumatique. Elles utilisent des techniques d’expression basées sur des objets ou illustrées de pictogrammes, ce qui permet d’accueillir un large public, dont des personnes analphabètes.


En 2025, la médiatrice a également organisé 24 ateliers pour les femmes en exil où l’une d’elles partage avec d’autres son savoir-faire (couture, coiffure, maquillage, cuisine, etc.).
Parmi elles, des femmes envoyées par l’Amicale du Nid (qui aide les personnes en danger de prostitution) et l’association Sororité Grenoble.
La survie d’ECLAT en question
Dans le contexte sociopolitique actuel, l’association est en grand péril. Elle reposait financièrement sur des subventions publiques, mais aujourd’hui les collectivités locales n’ont plus les moyens de payer les salaires. L’association a essayé de faire financer les temps collectifs et les formations par ses partenaires mais eux aussi sont en tension financière. L’apport total des prestations financées est faible.
C’est pourquoi l’association a lancé un appel à dons pour continuer sa mission.
Comment aider ECLAT ?
Vous pouvez soutenir ECLAT à titre individuel ou impliquer des entreprises et vos connaissances, par un don unique ou pérenne (bénéficiant d’une réduction d’impôts correspondant à 66 % du montant de votre don).
- via Helloasso
- par virement : IBAN : FR76 1027 8089 2200 0222 8730 101
- par chèque à l’ordre « Association ECLAT38 », envoyé par voie postale à : Association ECLAT, 5 rue de l’ancien Champ de mars, 38 000 GRENOBLE
Site de l’association et adresse de contact : https://association-eclat38.fr
« À ECLAT, de manière personnalisée, nous cherchons à souffler sur la braise de ce qui est encore vivant sous la détresse, pour que la vie et ce qui fait la richesse et la spécificité de chaque personne humaine puisse à nouveau s’embraser… » Delphine Jenny
Élisabeth Olléon, Bureau du Diaconat, avec l’aide de Delphine Jenny

