Avoir un travail, même en CDI, des moyens de subsistance, un logement et tout perdre par absence de rendez-vous en Préfecture ou de traitement d’un dossier dans des délais adaptés, voilà le sort réservé à de très nombreuses personnes à Grenoble, dont quelques-uns sont nos bénéficiaires à l’Entraide et à l’Échoppe.
La fabrique des sans-papiers
Nous avons déjà évoqué dans nos actualités de mai et juin 2024 les dysfonctionnements liés à la suppression de l’accueil physique en Préfecture et à la saturation des accès informatiques. Malgré quelques très légères améliorations, la situation est maintenant critique pour un grand nombre d’étrangers accueillis en France depuis des mois, voire des années.

Ils avaient commencé à s’établir solidement, à gagner la confiance de leur employeur, à s’intégrer, et soudain tout s’effondre : l’impossibilité de renouveler leur titre de séjour les replace dans un statut de sans-papiers et constitue une véritable rupture de droits, avec toutes les difficultés associées.
Parmi celles-ci, la perte de l’emploi, la perte de ressources (allocations), l’impossibilité de payer les charges associées au logement, puis le loyer, avec la menace de l’expulsion et de (re)devenir SDF.
Pas facile à 54 ans de se retrouver à la rue, avec des problèmes de santé de surcroit.
« Monsieur D. est arrivé en France en 2017, il n’a jamais sollicité le service social. Il travaillait en tant qu’opérateur logistique. Son contrat s’est interrompu à la suite de la fin de validité de son récépissé de demande de carte de séjour en date du 17/04/2024. Monsieur avait essayé de prendre un rendez-vous à la Préfecture plusieurs fois sans succès et il est en lien avec un avocat qui doit déposer un recours au tribunal. Il est locataire depuis avril 2023 et a une dette de loyer depuis 3 mois. Il a des amis qui le soutiennent financièrement pour payer ses factures d’électricité et d’assurance habitation. Son assistante sociale sollicite la commission de l’Entraide pour une aide alimentaire. » (septembre 2024)
Les réseaux d’amis et les associations, comme le Diaconat Protestant par ses actions à l’Échoppe et à la commission d’Entraide, tiennent le cap pour soutenir ces hommes et ces femmes qui ont déjà vécu de rudes épreuves et pensaient enfin pourvoir s’intégrer.
Lors des deux dernières commissions de l’Entraide, quatre situations ont été soutenues pour des besoins alimentaires liés à l’aggravation de la pauvreté due à l’absence de rendez-vous en Préfecture.

« À l’Échoppe, nous avons rencontré Madame F, habitante du quartier qui élève seule ses 5 enfants. N’ayant pu obtenir dans les temps un rendez-vous en Préfecture pour le renouvellement de son titre de séjour, elle vient pour solliciter une aide alimentaire. Ne touchant plus ses aides, notamment l’allocation logement, du fait de l’attente de renouvellement, une dette de loyer commence à se former. » (septembre 2024)
En Isère, on peut être en situation régulière sur le territoire, avoir ses enfants scolarisés, un emploi et un logement, participer à la dynamique économique de la France et devenir d’un coup sans-papiers de façon imprévue !
L’équipe de l’Entraide au Diaconat Protestant

