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lettre au président de la république au sujet du bidonville Esmonin

Le Diaconat protestant a cosigné une lettre avec M. Piolle et d’autres associations grenobloise au président de la république à propos du bidonville Esmonin.

Cela à fait l’objet d’un article dans le Dauphiné libéré:

http://www.ledauphine.com/isere-sud/2015/07/08/bidonville-a-grenoble-eric-piolle-ecrit-a-francois-hollande

Voici le texte complet de la lettre envoyée au président de la République

Monsieur le Président de la République,

En janvier 2012, vous annonciez que la jeunesse serait la « grande priorité », le pilier de votre quinquennat. Cette ambition, vous l’avez rappelée à de nombreuses reprises dont ici même, à Grenoble, en janvier 2013, lors de vos vœux à la jeunesse : « aider la jeunesse c’est donner un horizon à toute la France, à toute la société », déclariez-vous dans l’enceinte de la Maison de la culture.
Aujourd’hui, dans cette ville que vous qualifiiez alors de « la plus jeune de France », la population du bidonville dite : « camp Esmonin », dont la moitié sont des enfants, se tourne vers vous. Par cette lettre, nous vous interpellons car nous voulons croire que vos engagements comptent pour vous autant qu’ils comptent pour nous, responsables publics, associatifs, religieux et acteurs de terrains.
Tous les efforts portés à bout de bras par la Ville de Grenoble, son CCAS et les associations partenaires pendant plus d’une année n’auront finalement pas suffi à pallier la démission organisée de l’Etat en matière d’hébergement alternatif aux bidonvilles et autres habitats indignes. Le boom démographique qu’a connu le bidonville au printemps dernier, la prolifération des mafias profiteuses de misère et la généralisation des périls en tout genre ont décidé la Ville à demander son évacuation.
Au-delà de vos engagements, Monsieur le président, nous vous rappelons que l’hébergement d’urgence est une compétence régalienne de l’Etat, c’est-à-dire votre compétence. Dans son arrêt du 12 février 2013, le Conseil d’Etat reconnaît le droit à l’hébergement comme un « droit fondamental ».
A quelques semaines de l’évacuation du campement, ensemble, nous tirons la sonnette d’alarme : une fois encore, aucun dispositif d’Etat n’est prévu pour mettre dignement à l’abri les personnes qui souhaitent s’intégrer. De fait, toutes les conditions sont réunies pour qu’à nouveau des drames humains éclatent. Les deux cents enfants seront les premières victimes.
Une fois de plus, vos services ne respecteront pas la directive interministérielle d’août 2012 prévoyant qu’aucune évacuation de campement ne puisse être menée sans que les personnes aient accès à des solutions de relogement. Celles-ci seront donc à nouveau condamnées à errer dans les différentes communes de l’agglomération. Nous rejoignons l’avis de la Commission nationale consultative des Droits de l’homme dans sa séance plénière du 20 novembre 2014 qui « estime qu’on ne peut construire une politique sur la violation des droits. Ces évacuations forcées contraignent ces personnes à l’errance et rendent impossible l’accès aux droits fondamentaux. »
La Ville de Grenoble, son CCAS et les associations partenaires ont, quant à eux, déjà entamé le travail de diagnostic social et proposent de contribuer à hauteur de leurs moyens, à la mise en œuvre de solutions pour les personnes. Nous prenons nos responsabilités, au-delà même de nos compétences, il est urgent que l’Etat prenne les siennes.
Dans les années 1960, plus de 65 000 personnes vivaient dans des bidonvilles et la France a fait un choix juste en facilitant leur intégration. Aujourd’hui, on estime que 20 000 personnes sont bloquées aux marges de l’hébergement d’urgence sur l’ensemble du territoire national. Alors que le défi est sans commune mesure par rapport à ce qu’il fut il y a cinquante ans, et alors que la richesse nationale augmente d’année en année, les issues semblent plus éloignées que jamais…
Par ailleurs, nous savons que le XXIe siècle va connaître de grandes migrations. Conflits, exodes sociaux, économiques ou climatiques : en une décennie, le nombre de déplacés et de réfugiés a presque doublé, passant de 37,5 millions en 2004 à plus de 60 millions de personnes en 2014.
Aujourd’hui, un réfugié sur deux est un enfant. Les bidonvilles prolifèrent au pied des quartiers d’affaires et les drames humanitaires éclatent à répétition au cœur des métropoles européennes. Nous partageons l’alerte des Nations-Unies : « Nous sommes les témoins d’un glissement incontrôlé vers une ère qui est désormais le théâtre de déplacements forcés sans précédent à travers le monde. La réponse nécessaire éclipse désormais tout ce que nous avons mis en œuvre auparavant. »
Cette situation touche aujourd’hui Grenoble et sa métropole comme elle touchait Paris hier, comme elle touchera d’autres villes demain si les décisions qui s’imposent ne sont pas prises. L’inaction répétée en la matière laisse perdurer un problème pour lequel les solutions existent.
Monsieur le Président, devant ces drames à venir, votre responsabilité d’humaniste et de Républicain est engagée. Si « aider la jeunesse c’est donner un horizon à toute la France », alors n’abandonnez pas plus longtemps ces jeunes et leurs familles, qui comptent parmi les plus vulnérables du territoire national. A l’heure où notre société est fragilisée par une crise multiforme qui menace les fondements même de notre pacte républicain, il est essentiel que l’Etat demeure le garant de la justice sociale et de la dignité humaine.
Ayant confiance en votre bienveillance, je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de toute ma gratitude et de ma très haute considération.

Monsieur Eric Piolle, maire de Grenoble
Monseigneur de Kerimel, évêque de Grenoble – Vienne
Monsieur Raid Azouni, conseil des imams de l’Isère
Monsieur Nissim Sultan, rabbin de Grenoble
Monsieur Jean-Marc Lefèbvre, secrétaire général du diaconat protestant
Monsieur Francis Silvente, FNARS – Rhône-Alpes
Monsieur Guy Brachet, président du Secours catholique de l’Isère

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