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Le réseau Esaïe et les Mineurs Isolés Étrangers déclarés majeurs

Des « oubliés » : les Mineurs Isolés Étrangers déclarés majeurs :

Voir l’ouvrage« Le livre noir des mineurs isolés étrangers » , 37p,  réalisé par la Cimade Grenoble, le Secours Catholique, l’ADA, 2013. 

Des enfants en danger

Les mineurs isolés étrangers (MIE) relèvent d’un cas particulier parmi les migrants car ils sont arrivés en France sans parents ou famille proche, et sans représentant légal. La loi stipule qu’un mineur isolé étranger doit être a priori considéré comme un enfant en danger. C’est donc au Conseil général, via l’Aide sociale à l’enfance, qu’en incombe la prise en charge.

Mais le jeune mineur doit tout d’abord faire la preuve de sa minorité. Il arrive souvent avec un  document d’état civil, extrait d’acte de naissance d’autant plus facilement contesté qu’ il a enregistré avec un passeport le vieillissait de plusieurs années, de façon à faciliter ses démarches.  En cas de doute sur son âge, le Parquet fera une demande d’expertise osseuse pour déterminer un âge « physiologique », alors que les médecins soulignent unanimement  le caractère imprécis du passage à l’âge adulte. S’ils sont reconnus mineurs, ils sont pris en charge par le dispositif de l’ASE jusqu’à leur majorité. Les autres MIE se retrouvent alors dans un vide juridique, majeurs pour le département, mineurs pour les démarches administratives liées à une demande d’asile. Ils se retrouvent à la rue sans aucuns droits. A leur majorité civile, ils pourront demander l’asile, mais seront systématiquement placés en procédure « prioritaire » avec des droits réduits car certaines Préfectures considèrent leur demande comme frauduleuse (ils ont menti sur leur âge).

Une très grande vulnérabilité

Du fait du vide juridique dans lequel ils se retrouvent, ni majeurs, ni mineurs selon leurs interlocuteurs, ces jeunes sont particulièrement vulnérables, et sont , pour survivre,  amenés à toutes sortes de combines, y compris être victimes d’exploitation et de traite d’êtres humains. Marginalisés de manière précoce, ils ne sont pas en bonne santé, psychologique, physique (maux de tête, de ventre, angoisses, passivité).

Ils ne repartiront pas, ils se débrouilleront

Ils sont arrivés pour  :

  • fuir leur pays pour des raisons religieuses, sociales, ethniques
  • fuir la misère, envoyés par des proches qui se sont endettés pour financer leur départ
  • fuir leur famille suite à un conflit, maltraitance ou exploitation
  • ou tout simplement parce que déjà à la rue dans leur pays, ils cherchent une vie meilleure ailleurs.

Mais tous sont en souffrance, sans repères et sans sécurité. Ils ont une forte demande d’étudier, d’être formés, d’apprendre un métier. S’ils ne le peuvent dans la légalité, ils vivront comme ils le pourront, en situation irrégulière et se marginaliseront.

Leurs besoins

  • Ils ont besoin d’être hébergés
  • lls ont besoin de manger régulièrement
  • Ils ont besoin d’être écoutés, mais se méfient et récitent souvent une histoire apprise. Leur déception est grande d’avoir franchi tant d’obstacles pour être exclus de tout…
  • Ils ont besoin d’être accueillis , rassurés, sécurisés
  • Ils ont besoin de stabilité
  • Ils veulent aller à l’école, apprendre un métier

Ce que fait le réseau Esaïe du Diaconat protestant de Grenoble

Depuis mars 2011, le réseau Esaïe a accueilli 27 personnes, adultes et jeunes.

En ce qui concerne les jeunes, ils n’ont pas besoin d’une infrastructure d’accompagnement lourde et coûteuse. Ils ont besoin d’une « famille »La grande majorité des MIE que nous connaissons possèdent une certaine maturité et ont un projet d’avenir réfléchi et sont très motivés pour le réaliser. Leur parcours semé d’embûches leur a donné une expérience qui n’a rien à voir avec la jeunesse d’ici. Simplement, ils n’ont pas encore nos codes.

Le réseau Esaïe a accueillis 10 jeunes  mineurs déclarés majeurs, (en fait, 7 encore mineurs, 3 déjà majeurs, scolarisés mais sans accueil auparavant).

  • 3 filles, 7 garçons
  • 6 ont été ou sont encore scolarisés
  • 2 d’entre eux ont été régularisés et travaillent, un garçon, une fille
  • l’un a intégré un club de foot, n’a pas encore de papiers
  • 3 sont dans le réseau, encore à l’école
  • 4 n’ont pas réussi à intégrer un établissement scolaire. L’un d’entre eux s’est « évaporé » dans la nature. Les 3 autres sont très amers. 2 sont encore dans le réseau
  • Parmi nos jeunes, tous ont demandé l’asile, aucun ne l’a eu. Par contre, ils ont été admis en Cada (centre accueil demandeurs d’asile) ou Uda (urgence demandeurs d’asile) les quelques mois de l’instruction de leur dossier . Dès leur rejet de l’OFPRA et la CNDA, ils reviennent à Esaïe

Ce que nous apportons dans les familles :

  • les aider dans la prise en charge de leur vie quotidienne.
  • une chambre, et parfois, un soutien pour faire les devoirs scolaires
  • manger sain, équilibré …
  • apprentissage de nos codes, modes de vie ….
  • apprentissage à l’entretien, la propreté et au calme de la famille, au respect du voisinage …

Nous nous appuyons sur les associations partenaires pour

  • – les questions de santé  avec Médecins du monde …
  • – en ce qui concerne les démarches administratives et juridiques, nous nous appuyons sur les associations qui les suivent et les connaissent (Cimade et associations locales spécialisées dans le droit des étrangers, et plus spécifiquement, des mineurs) En effet, ces associations connaissent  l’histoire de ces jeunes. Il faut juste s’assurer que les démarches sont bien entreprises.

En cours d’année scolaire, on essaie de les mettre interne dans les établissements scolaires (le diaconat prend en charge les frais), ils sont accueillis les Week-end et les vacances dans les familles. L’internat n’est hélas pas souvent possible. L’avantage c’est une passerelle, un formidable tremplin pour l’insertion, avec des jeunes français du même âge ,

Les MIE pris en charge par ces familles, avec les associations spécialisées dans l’accompagnement juridique et administratif, ont obtenu des résultats scolaires très honorables. Il n’y a pas eu de problème, ni de discipline, ni d’incivilité. Ces jeunes se sont souvent investis dans des activités culturelles ou sportives. Ils ont montré une grande volonté de réussite et d’intégration.

Certes, des expériences réussies, mais à quel prix, pour ces jeunes, pour les associations, pour les familles hébergeantes …

La dimension « réseau » d’Esaïe est très importante : quand il y a une difficulté, il y a d’autres familles en soutien. Seul, on ne peut pas grand-chose, à plusieurs, on résoud (presque) tout

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